Le 12 août 2026, We Explore a pris le large pour observer une éclipse solaire totale depuis l'Atlantique.
À son bord, marins, astrophysiciens, océanographe et réalisateur ont croisé leurs regards autour d'un même phénomène : celui d'une disparition brutale de la lumière en pleine mer.
Une occasion rare d'observer ce que cet événement peut révéler du fonctionnement du vivant marin, notamment des communautés planctoniques.
Une éclipse observée depuis l’Océan
Après l'Expédition Cachalot et sa qualification en solitaire, Roland Jourdain a repris la mer à bord de We Explore pour une nouvelle mission : l'Expédition Éclipse.
Le 12 août 2026, le catamaran s'est positionné au large de l'Espagne, dans la bande de totalité de l'éclipse solaire.
Pendant quelques minutes, la Lune est venue s'interposer entre la Terre et le Soleil, plongeant l'environnement dans une obscurité inhabituelle en pleine journée.
Observer une éclipse depuis la mer permet de changer de point de vue.
Le phénomène astronomique devient alors une porte d'entrée pour regarder autrement l'Océan et les liens qui existent entre les grands cycles naturels et le fonctionnement du vivant.
Quand le ciel rencontre la mer
La présence de plusieurs astrophysiciens à bord répondait à une première nécessité : comprendre précisément le phénomène observé.
Jean-Philippe Uzan, cosmologiste et directeur de recherche au CNRS, ainsi que Sylvain Bouley, planétologue, professeur à l'Université Paris-Saclay et membre de la Société astronomique de France, ont apporté leur expertise sur les mécanismes à l'œuvre pendant une éclipse.
Pourquoi la Lune passe-t-elle exactement devant le Soleil ? Pourquoi la totalité ne peut-elle être observée que depuis une zone précise de la surface terrestre ? Pourquoi chercher à positionner We Explore au plus près de l'axe central de la bande de totalité ?
Ces questions permettent de comprendre la mécanique céleste qui rend possible cet événement rare.
Mais à bord de We Explore, l'éclipse n'était pas seulement observée pour elle-même.
Une autre question se posait : que se passe-t-il dans l'Océan lorsque la lumière disparaît brutalement ?
Sylvain Bouley Planétologue, professeur à l'Université Paris-Saclay
Cette sensation est difficile à décrire.
C’est comme se réfugier, quelques instants, derrière quelque chose de beaucoup plus grand que nous. Une forme d’apaisement absolu.
Quelques secondes pendant lesquelles on prend simplement conscience de la chance immense que l’on a de vivre un événement pareil.
L’éclipse est, comme toujours, beaucoup trop courte.
Et lorsque la lumière revient, il reste cette sensation étrange, presque irréelle, de se demander si cela a vraiment eu lieu.
Observer l'invisible : le plancton face à l'éclipse
C'est ici qu'intervient Eva Ternon, océanographe, chargée de recherche au CNRS et affiliée au Laboratoire d'Océanographie de Villefranche.
Ses recherches portent notamment sur les interactions chimiques au sein du monde microbien marin et des organismes photosynthétiques essentiels au fonctionnement des écosystèmes océaniques.
La disparition momentanée de la lumière pendant une éclipse constitue une situation particulière : pendant quelques minutes, les conditions lumineuses changent de manière très rapide, puis reviennent progressivement à la normale.
Cette variation permet d'observer les réactions des communautés planctoniques dans un contexte naturel et très précisément daté.
« La mission Eclipse portée par We Explore constitue une opportunité unique d’observer les effets d’une brusque disparition de la lumière sur les communautés planctoniques. »
Pour les scientifiques, ces observations peuvent contribuer à alimenter des questionnements de recherche actuels sur le fonctionnement des communautés planctoniques.
Pour le grand public, elles offrent surtout une occasion de découvrir un monde largement invisible à l'œil nu.
Des regards différents réunis autour d'un même phénomène
L'Expédition Éclipse a ainsi réuni des expertises qui n'ont pas l'habitude de se retrouver autour du même objet d'observation.
Aux côtés de Roland Jourdain et de l'équipage de We Explore, astrophysiciens et océanographe ont partagé leurs connaissances avec un réalisateur.
Cette diversité de regards constitue l'une des particularités de l'expédition.
L'astronomie permet de comprendre le phénomène.
L'océanographie permet d'en observer les effets sur le milieu marin.
La navigation offre le terrain d'observation.
Et la création permet de transmettre cette expérience au plus grand nombre.
C'est dans ce croisement des disciplines que l'éclipse devient un outil pour raconter autrement l'Océan.
Jean-Philippe Uzan Cosmologiste et directeur de recherche au CNRS
Le paradoxe est à son comble : peu de lieu moins adapté à l’astronomie qu’un voilier qui tangue et gîte, où l’humidité chatouille les télescopes.
Impossible d’imaginer des observations fines dans un tel environnement.
Il fallait viser l’émotion et le partage, la rencontre humaine et cosmique… et l’étude des extra-terrestres planctoniques qui frétillent invisibles sous notre coque.
Que ressentent-ils pendant une éclipse ? Changent-ils de comportement ? Est-ce que les baleines chantent quand la Lune occulte notre luminaire ?
Nous voilà quelques mois plus tard, ici, à 300 miles des côtes.
Donner à voir et à comprendre l'Océan
L'Expédition Éclipse s'inscrit dans Océan & Société, le programme porté par Explore pour reconnecter la Société à l'Océan.
Depuis plusieurs années, ce programme développe des expéditions, des protocoles scientifiques et des dispositifs de médiation pour rendre visibles des phénomènes et des organismes souvent difficiles à observer : des cachalots aux communautés planctoniques, des sons sous-marins aux observations de biodiversité.
Avec l'Expédition Éclipse, il s'agissait cette fois de partir d'un phénomène céleste pour porter le regard vers ce qui se passe sous la surface.
Car ces missions ne cherchent pas uniquement à produire ou à partager des connaissances scientifiques.
Elles cherchent aussi à donner à chacun les moyens de mieux connaître l'Océan, ses habitants et les relations qui les unissent.